Prendre confiance et recommencer à faire des choses pour la première fois
Récemment, je suis allée à un groupe de discussion du Sober Club, et quand quelqu’un a mentionné qu’arrêter de boire, c’était comme vivre une peine d’amour, ça a résonné avec moi.
Quand je me suis séparée d’avec mon ex avec qui je suis restée plus de 10 ans, j’ai dû faire la paix avec une liste de choses qu’on ne ferait plus jamais ensemble, retourner à nos endroits préférés sans lui, affronter la vie sans son support. Tout ça s’annonçait challengeant. Un peu comme faire un saut dans le vide.
On remplace « ex » par « alcool » et c’est exactement de cette manière-là que je me suis sentie quand j’ai pris la décision d'arrêter de boire pour de bon.
Je me suis aperçue que j’allais devoir continuer d’avancer et faire mes 1001 tâches quotidiennes, mais sans la consommation comme béquille. Pour une fille qui allait faire son épicerie sur la brosse, c’était beaucoup de choses à assimiler.
Est-ce qu’il existe un truc miracle à donner à quiconque vit présentement cette « peine d’amour »? Malheureusement non. Par contre, voici mes observations, sûrement aussi agaçantes que de se faire dire que « le temps arrange les choses » après une rupture, mais qui feront peut-être écho à quelqu’un.
C’est important de bien se préparer, voire de faire de la visualisation
Moi qui pensais que ça ne servait à rien de faire de la visualisation, turns out que c’est ce que je fais depuis longtemps sans trop m’en rendre compte. En gros, si je m’apprête à faire quelque chose « pour la première fois », je fais jouer ce qui va se passer dans ma tête avant de partir.
Par exemple, avant, j’allais souvent à Saint-Henri à pied, à partir de chez nous dans Rosemont. Ça, c’est un bon 3h de marche durant lequel je pouvais boire une, parfois deux bouteilles de vin. Quand j’arrivais à destination, j’étais vraiment trop saoule pour profiter de quoi que ce soit.
La première fois que je suis retournée sobre, j’ai visualisé le chemin dans ma tête. Je savais par où je voulais passer, quelles rues je voulais voir. J’ai fait des recherches sur Google pour trouver les cafés auxquels je m’arrêterais, les librairies que je voudrais visiter.
Finalement, ça s’est bien passé, et puisque je me suis créé de nouveaux souvenirs, maintenant, je n’associe plus Saint-Henri juste à des histoires de brosse. J’ai envie d’y retourner pour les bonnes raisons, et bonus point, j’ai vraiment moins mal au cœur le lendemain de mes escapades.
Il ne faut pas trop se projeter dans le futur
C'est une chose de se préparer et de visualiser des expériences positives, mais ça ne sert à rien de s’imaginer une vie alternative non plus. On n’est pas dans le Spider Verse.
Ce que je veux dire, c’est que trop souvent, je me suis surprise à m’imaginer des scénarios qui n’existent même pas encore. Par exemple, j’ai paniqué plus qu’une fois à l’idée que je ne pourrais pas boire de verre de vin quand j’allais visiter le Portugal ou l’Italie… sauf que ce n’est même pas des voyages que je planifie faire dans un futur proche.
On a déjà assez de stress qui nous donnent envie de consommer quotidiennement, si en plus on a le FOMO pour des scénarios fictifs, parce qu'on pense (à tord!) qu’on va manquer une expérience, on n’est clairement pas sorti du bois. Quand je me rends compte que ma tête se projette trop loin, je prends un moment pour me recentrer dans le moment présent. Je m’en ferai pour l’Italie quand j’aurai des billets d’achetés.
Pourquoi ne pas essayer de changer son vocabulaire?
Maintenant, au lieu de mettre l’accent sur la montagne que je dois accomplir sans boire, j’essaie de célébrer les choses que je fais sans hangover.
Aller chez le dentiste? Encore stressant, mais tellement plus supportable! Aller se faire tatouer? Un jeu d’enfant! Prendre l’autobus ne me donne même plus mal au cœur, passer du temps en famille n’est plus une corvée! Les partys de job sont toujours aussi insupportables, mais au moins, ce n’est plus moi, la fille qui blackout et qui ne se souvient de rien.
Je me souviendrai toujours de la première fois que je me suis réveillée, le lendemain du party de Noël de mon bureau, sans remords et avec toute ma tête et mon énergie. Je n’aurais échangé cette fierté-là pour rien au monde.
Il faut être doux et compréhensif avec soi-même
J’ai juste 9 mois de sobriété derrière la cravate, déjà! Ça peut paraître incohérent, pourtant, it is what it is: je suis vraiment fière du chemin que j’ai parcouru, mais on va se le dire, après plus de 15 ans à consommer, ça demeure très nouveau pour moi.
Même si j’aurai bientôt fait l’expérience des quatre saisons sans boire une goutte, des premières fois, je vais en vivre plein d’autres. Je vais sans doute connaître le rejet et inévitablement vivre des deuils. J’espère que je vais assister au mariage d’amis, célébrer des accomplissements extraordinaires, voyager, rire, pleurer, aimer… Ça peut bien donner le vertige! Le plus important dans tout ça, c’est de se donner le temps de vivre ses émotions, et de ne pas se malmener parce qu’on a de la difficulté à garder le cap.
Des fois, on se sent assez solide, alors que dans d’autres cas, on est mieux de rester chez soi à écouter un film, et c’est amplement correct comme ça.
Après tout, il n’y en a pas, de recette ou de truc miracle. Avoir un réseau de soutien, c’est primordial, mais pour le reste, c’est un jour à la fois!
We got this! ✨